Professeur d’EPS retraité et chercheur associé au Laboratoire Cultures-éducation-sociétés à l’Université de Bordeaux, Jean-Pierre Garel explore depuis plusieurs décennies la place du handicap dans le sport. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournés vers lui pour nourrir ce dossier thématique sur le handicap dans le sport.
Une interview qui prolonge les échanges de notre épisode de podcast « Dévalider le sport » avec Katell Ropert et Lydie Raër.
Jean Pierre Garel
Qu'est-ce qui t’a amené à te spécialiser dans le domaine du handicap dans le sport ?
Dans le sport traditionnel, le plus souvent on catégorise, hiérarchise et sépare les individus selon leur âge, leur genre et leur niveau. Cela a des vertus, mais en termes d’inclusion, c’est profondément limitant. Quand j’ai rejoint, en 1980, le Centre national de formation pour l'enfance inadaptée (CNEFEI), qui est devenu l'Institut national de formation et de recherche pour l'éducation inclusive (INSEI), j’ai eu l’opportunité de travailler à l’école de l'hôpital de Garches avec des enfants et des adolescents très différents. Certains avaient une déficience motrice, d’autres une déficience sensorielle ou intellectuelle, mais tous avaient une profonde appétence pour le jeu. J'emploie le terme « jouer » sciemment pour m'éloigner de la performance sportive.
Avec eux, j'ai pu expérimenter des dynamiques extraordinaires pour les faire travailler ensemble. Ce fut d’une telle richesse que j’y ai consacré le reste de ma carrière. Car c’est un point fondamental : promouvoir une approche ludique du sport ne m'empêchait pas de travailler à les faire progresser autant que possible, fidèle au principe d’éducabilité — cette conviction qu’il est possible d’accompagner toute personne vers des progrès et une vie meilleure. Disons seulement que, dans mon approche, le jeu prenait le pas sur l'enjeu de la victoire !
Quelles sont les principales raisons qui limitent encore la pratique sportive des personnes en situation de handicap ?
Certaines tiennent aux représentations que l'on se fait du handicap. L’idée est toujours vive qu’un handicap est un attribut personnel. Or, il est admis aujourd’hui qu’un handicap résulte de l’interaction entre des facteurs personnels et des facteurs environnementaux. En l’occurrence, en sport, en jouant sur l’environnement physique, humain et réglementaire, on contribue à diminuer le handicap dans telle ou telle situation. Il s’agit donc de construire un environnement capacitant.
D'autres raisons à la limitation de la pratique sportive des personnes en situation de handicap relèvent d’arbitrages profondément politiques, au sens où la politique détermine les choix socio-économiques. À l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, le mantra était de « changer le regard sur le handicap ». Mais c'était déjà le cœur du sujet en 2003, lors de l'Année européenne du handicap. Cet objectif ne date pas d’hier, et pourtant, est-il suffisant ? Non, car derrière les intentions, il faut notamment déterminer des orientations budgétaires en conséquence, puis agir.
« En sport, en jouant sur l’environnement physique, humain et réglementaire, on contribue à diminuer le handicap dans telle ou telle situation »
Si l’on s’en tient à cet objectif de « changer le regard », peut-on réellement considérer que les Jeux paralympiques ont permis de grandes avancées ?
...
