Également marathonien et ultra-traileur, l'auteur de « Courir de 1968 à nos jours », tome 2. « Courir sans limites. La révolution de l’ultra-trail » (éd. Cairn, 2026) observe depuis plus de trois décennies les mutations de la course à pied et du tourisme sportif. Pour Vent Debout, il analyse sans concession l’évolution de cet événement devenu le réceptacle de vives critiques écologiques et sociales. Événement phare d’une discipline qui jouit d’un fort capital « naturel », l’UTMB aurait pu ouvrir la voie à un modèle véritablement soutenable, inspiré des meilleurs scénarios solarpunk. Il s'est au contraire engouffré dans une surenchère mercantile, s'imposant désormais comme l'une des plus grandes vitrines du capitalisme sportif de plein air. Pour autant, son avenir est-il irrémédiablement scellé ?
Olivier Bessy
Quel avenir pour l’UTMB ?
Ecartelé entre des discours laudateurs reposant sur son incroyable puissance émotionnelle mais aussi son rôle majeur de levier économique pour l’Espace Mont-Blanc, et des critiques récurrentes concernant son gigantisme, source croissante d’incompatibilité écologique et de rejet par une partie des chamoniards, l’UTMB 2026 vient de connaître une semaine schizophrénique. Jamais le clivage entre les partisans et les détracteurs de cet événement n'a été aussi exacerbé, jamais autant d’articles et d’autres supports d’information ont vanté cet événement ou relaté ses limites, jamais la puissance publique ne s’était positionnée aussi clairement sur l’indispensable recalibrage de l’UTMB.
L’entretien réalisé auprès de François-Xavier Laffin, maire de Chamonix, le confirme : « Si l’UTMB est un grand événement sportif en phase avec l’ADN de Chamonix, il génère aujourd’hui des problèmes environnementaux et sociaux. Or, ma boussole est l’intérêt général de mon territoire dont j’ai la charge et principalement la qualité de vie que j’offre aux habitants de Chamonix et la préservation de notre patrimoine naturel d’exception. Voir les glaciers fondre à vue d’œil et encore plus cette année me désole et m’oblige. Je mesure ma responsabilité dans la régulation de cet événement qui est devenue absolument nécessaire aujourd’hui. On n’a plus le choix ».
« Jamais le clivage entre les partisans et les détracteurs de cet événement n'a été aussi exacerbé »
Cette bipolarisation symbolise bien l’hypermodernité d’un événement tombé dans la surenchère permanente, à l’image des débordements envahissants des marques, de la surexposition médiatique et de la foule toujours plus massive présente lors de cette édition. Les externalités négatives de cet événement inquiètent de plus en plus les associations environnementales sensibles à la vulnérabilité croissante de la vallée de Chamonix, à l’image de Protect Our Winters (POW) qui a organisé une conférence de presse sur le sujet dans le but de faire dialoguer les différentes parties prenantes.
Observateur attentif de l’évolution de l’UTMB et spécialiste de la transition événementielle, je m’interroge sur l’avenir de cet événement. Pour répondre à cette interrogation pour le moins complexe, tant les équations à résoudre sont nombreuses, je propose, dans un esprit constructif, trois scénarii.
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