Entretien avec Guillaume Meurice.
Est-il encore nécessaire de présenter Guillaume Meurice ? Humoriste, chroniqueur radio, et auteur de nombreux ouvrages, il est partout. Il rassemble, politise et mène sans relâche la bataille culturelle contre la privatisation des services publics et la fascisation de la société.
Depuis 2024, son émission La Dernière, diffusée sur Radio Nova, pulvérise les records d’audience et provoque quelques sueurs froides chez Bolloré. Pour nous, c’est un régal, devenu un rituel d’écoute hebdomadaire. Au point que lorsqu’on voit des noms de sportif·ves apparaître dans le programme, ça nous donne le sourire, (d'autant plus quand il s'agit de copains comme Ayodélé Ikuesan et Alexandre Jaafari, que vous avez déjà pu découvrir ici).
Cela dit, si vous êtes, comme nous, des auditeurs assidus de l’émission, quelque chose ne vous aura peut-être pas échappé. Guillaume et sa bande ne sont pas des sportifs. Ils ne s'en cachent d'ailleurs pas. Dès que le sujet arrive sur le tapis, une petite mise à distance pleine d'autodérision s'opère. Une posture qui nous a intrigués, car pour nous qui défendons une vision du sport en totale adéquation avec les idées portées par l'émission, on préférerait qu’iels voient dans le sport, un objet de ralliement.
Nous avons donc voulu en savoir plus sur la vision de Guillaume sur le sport. Sur son rapport personnel à la pratique et à la compétition.
Entretien avec un (vrai) champion de France universitaire de football.
© Firmin Bray
C’est avant tout de l’autodérision. On est conscient que ce n’est pas notre domaine de compétence principal et qu’on n’a pas vraiment des physiques d’athlètes. Pourtant, on bouge tous un peu. Aymeric va à la salle, Juliette court, moi je fais du badminton et Pierre-Emmanuel fait son cardio en coupant du bois. On n’a simplement pas forcément mesuré l’impact que cela peut avoir, mais je te l’accorde, c’est un problème et je comprendrais parfaitement qu'un athlète qui nous écoute se dise parfois : « OK, en fait, ils nous prennent vraiment pour des billes. »
C'est intéressant ce que tu dis, car mon premier réflexe a effectivement été de me dire : « Okay, nous avons déjà Rokhaya Diallo qui va nous parler de rapports sociaux et de discriminations pendant deux heures, alors profitons-en pour prendre au sérieux la discipline d'une sportive, pour une fois qu’on en a une. » S'intéresser au premier degré à son parcours, à ce qu'est réellement l'escrime, etc. Surtout que la séquence est courte. Mais comme quoi, l’enfer est pavé de bonnes intentions et il y a souvent de la déperdition. Mais ça me questionne, je vais réécouter l'interview.
Après, et là je sors du cadre strict de La Dernière, pour parler du sport dans les médias en général. Je pense que le sujet politique reste assez angoissant et je ne serais pas surpris que des gens se disent que le sport doit rester une sorte de petite bulle. Un endroit préservé de la gauche, de la droite, de l’économie. De la même manière, que des gens nous disent parfois : « Vous êtes bien sympas avec tous vos trucs sur Macron, mais moi, je ne vais pas au théâtre pour en réentendre parler, j'en bouffe déjà toute la journée à la radio. » Il y a peut-être quelque chose à préserver là-dedans, car après tout chacun fait ce qu’il veut. En tout cas, je ne serais pas étonné que L'Équipe perde des lecteurs s’ils abordaient davantage de sujets sociaux et politiques.
J’ai fait du foot pendant plus de dix ans. J’ai commencé petit, dans la catégorie poussins d’un club de village. J'adorais ça, même si j’ai un doute sur l’appellation « sport » dans mon cas, car j'étais gardien de but : mon job consistait essentiellement à me rouler dans l’herbe (rires).
J’ai aussi fait du tennis, sous l’impulsion de ma mère. C’est assez curieux, car mes parents ne venaient pas du tout d'un milieu bourgeois où l'on s'intègre par le tennis ou le golf. Elle voulait sans doute m'ouvrir à d'autres univers, au détriment de ma prof qui a vécu un enfer. Dès qu'on me demandait de faire un truc qui ne me plaisait pas, je foutais le bordel. Déjà à l'époque, je n'aimais pas les rapports hiérarchiques, et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui, on prend toutes les décisions collectivement dans La Dernière.
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