« Faire péter le mythe du mérite individuel »

Entretien avec Guillaume Meurice.

Vent Debout
10 min ⋅ 11/05/2026

Est-il encore nécessaire de présenter Guillaume Meurice ? Humoriste, chroniqueur radio, et auteur de nombreux ouvrages, il est partout. Il rassemble, politise et mène sans relâche la bataille culturelle contre la privatisation des services publics et la fascisation de la société.

Depuis 2024, son émission La Dernière, diffusée sur Radio Nova, pulvérise les records d’audience et provoque quelques sueurs froides chez Bolloré. Pour nous, c’est un régal, devenu un rituel d’écoute hebdomadaire. Au point que lorsqu’on voit des noms de sportif·ves apparaître dans le programme, ça nous donne le sourire, (d'autant plus quand il s'agit de copains comme Ayodélé Ikuesan et Alexandre Jaafari, que vous avez déjà pu découvrir ici).

Cela dit, si vous êtes, comme nous, des auditeurs assidus de l’émission, quelque chose ne vous aura peut-être pas échappé. Guillaume et sa bande ne sont pas des sportifs. Ils ne s'en cachent d'ailleurs pas. Dès que le sujet arrive sur le tapis, une petite mise à distance pleine d'autodérision s'opère. Une posture qui nous a intrigués, car pour nous qui défendons une vision du sport en totale adéquation avec les idées portées par l'émission, on préférerait qu’iels voient dans le sport, un objet de ralliement.

Nous avons donc voulu en savoir plus sur la vision de Guillaume sur le sport. Sur son rapport personnel à la pratique et à la compétition.

Entretien avec un (vrai) champion de France universitaire de football.

© Firmin Bray© Firmin Bray

Dans l’émission La Dernière, j’ai souvent remarqué que vous opérez une mise à distance dès qu’il est question de sport, quitte à reproduire cette dualité entre, d'un côté, ceux qui pensent et, de l'autre, ceux qui utilisent leur corps. Pourquoi ?

C’est avant tout de l’autodérision. On est conscient que ce n’est pas notre domaine de compétence principal et qu’on n’a pas vraiment des physiques d’athlètes. Pourtant, on bouge tous un peu. Aymeric va à la salle, Juliette court, moi je fais du badminton et Pierre-Emmanuel fait son cardio en coupant du bois. On n’a simplement pas forcément mesuré l’impact que cela peut avoir, mais je te l’accorde, c’est un problème et je comprendrais parfaitement qu'un athlète qui nous écoute se dise parfois : « OK, en fait, ils nous prennent vraiment pour des billes. »

Quand vous avez reçu Isadora Thibus, j'ai été surprise que tu n'abordes pas la dimension politique et sociale du sport. Le sport reste-t-il, au fond, un simple divertissement, même pour La Dernière ?

C'est intéressant ce que tu dis, car mon premier réflexe a effectivement été de me dire : « Okay, nous avons déjà Rokhaya Diallo qui va nous parler de rapports sociaux et de discriminations pendant deux heures, alors profitons-en pour prendre au sérieux la discipline d'une sportive, pour une fois qu’on en a une. » S'intéresser au premier degré à son parcours, à ce qu'est réellement l'escrime, etc. Surtout que la séquence est courte. Mais comme quoi, l’enfer est pavé de bonnes intentions et il y a souvent de la déperdition. Mais ça me questionne, je vais réécouter l'interview.

Après, et là je sors du cadre strict de La Dernière, pour parler du sport dans les médias en général. Je pense que le sujet politique reste assez angoissant et je ne serais pas surpris que des gens se disent que le sport doit rester une sorte de petite bulle. Un endroit préservé de la gauche, de la droite, de l’économie. De la même manière, que des gens nous disent parfois : « Vous êtes bien sympas avec tous vos trucs sur Macron, mais moi, je ne vais pas au théâtre pour en réentendre parler, j'en bouffe déjà toute la journée à la radio. » Il y a peut-être quelque chose à préserver là-dedans, car après tout chacun fait ce qu’il veut. En tout cas, je ne serais pas étonné que L'Équipe perde des lecteurs s’ils abordaient davantage de sujets sociaux et politiques.

« Ce qui m’emmerde, ce n’est pas Manaudou, mais le fait que nous soyons une « société de Manaudou » qui a érigé la compétition en valeur de référence. »

As-tu déjà pratiqué un sport en club ou en association ? Si oui, lesquels ?

J’ai fait du foot pendant plus de dix ans. J’ai commencé petit, dans la catégorie poussins d’un club de village. J'adorais ça, même si j’ai un doute sur l’appellation « sport » dans mon cas, car j'étais gardien de but : mon job consistait essentiellement à me rouler dans l’herbe (rires).

J’ai aussi fait du tennis, sous l’impulsion de ma mère. C’est assez curieux, car mes parents ne venaient pas du tout d'un milieu bourgeois où l'on s'intègre par le tennis ou le golf. Elle voulait sans doute m'ouvrir à d'autres univers, au détriment de ma prof qui a vécu un enfer. Dès qu'on me demandait de faire un truc qui ne me plaisait pas, je foutais le bordel. Déjà à l'époque, je n'aimais pas les rapports hiérarchiques, et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui, on prend toutes les décisions collectivement dans La Dernière.

Qu’est-ce qui t’a fait arrêter le foot ?

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Vent Debout

Par Clothilde Sauvages

Vent Debout, c’est Clothilde Sauvages et Sylvain Paley. Nous sommes deux sportifs ayant pratiqué la compétition sur les circuits nationaux et internationaux. Tumbling, wakeboard et ski alpin. Mais dans le civil, nous avons d’autres casquettes : Clothilde est entrepreneuse indépendante, journaliste et alumni du collectif Ouishare. Elle passe une grande partie de son temps à monter des projets de société. Sylvain est réalisateur de production audiovisuelle et co-fondateur de Société Nouvelle, un collectif d’indépendants au service de l’intérêt général. Ensemble, nous nous sommes réveillés un matin en se disant qu’il serait intéressant que l’on tente de réunir ces deux facettes de nos vies.

Car dans le « tout est politique » que nous fréquentons au quotidien, le sport fait toujours exception. Pas assez sérieux ou pas assez intello ? On invite rarement les athlètes pour leur demander leur avis sur la réforme des retraites, les violences policières ou le dérèglement climatique.
Et pourtant ils et elles ont des choses à dire. C’est pour les entendre qu’est né Vent Debout.

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