Canicule VS Sport : 1-0.
Alors qu’on s'apprête à vivre en France notre troisième canicule en quelques semaines, sans presque aucun répit, le monde du sport est brutalement confronté à la réalité de sa vulnérabilité climatique. Stades fermés, galas de fin d'année annulés, compétitions suspendues… À moins d'être un·e lève-tôt acharné·e ou d'avoir accès à une salle climatisée, les possibilités de pratiquer une activité sportive sont réduites comme peau de chagrin. Et à raison, car s'exercer au-delà d'un certain seuil thermique comporte des risques majeurs. Les incidents et décès tragiques recensés ces dernières semaines devraient d'ailleurs nous inciter à la vigilance collective plutôt qu'à l'obstination (coucou le Rugby).
D'autant que ces pics de chaleur historiques, dus au dérèglement climatique, sont graves et sans précédent. Ils ne peuvent se réduire à des débats stériles tels que « pour ou contre la climatisation », qui, soyons francs, nous mettent dans une colère noire, car il n'est question là que d'un pansement superficiel qui occulte le rôle des énergies fossiles et des responsables politiques.
Ces catastrophes climatiques n'ont en effet rien d'imprévisible. Les scientifiques nous alertent depuis les années 1970 ; des plans d'adaptation existent et préconisent des solutions. Ce qui manque cruellement aujourd'hui, c’est le courage et la volonté politique de prendre les choses en main, avec les investissements financiers massifs que cela suppose.
Comment, dès lors, ne pas être sidéré·e quand le débat médiatique nous présente la clim comme la solution miracle, alors qu’une jeune femme de 28 ans est décédée d’une hyperthermie lors de l’Hyrox de Lyon, dans une salle pourtant climatisée ? Comment garder son calme quand on sait que le président de la FIFA, Gianni Infantino, a déjà parcouru l'équivalent d’1,5 fois le tour de la Terre en jet privé depuis le début de la Coupe du monde ? Et comment croire que le sport-spectacle puisse se réformer quand, dans cette même compétition, on instaure des « pauses fraîcheur » sous prétexte de protéger les athlètes, alors qu'elles servent surtout de créneaux publicitaires supplémentaires pour un événement financé par le géant pétrolier Aramco ?
Posons les mots : le monde sportif capitaliste est responsable. Pire, il est complice et nous condamne à vivre dans un enfer climatique où la pratique d'une quelconque discipline sportive risque, demain, de devenir tout simplement impossible.
N’attendons plus les prochaines catastrophes. Il faut agir, demander des comptes, nommer les coupables. Cette canicule est politique. Elle est le résultat direct d’années d’inaction et de reculs écologiques.
Merci de nous lire et de nous écouter,
Clothilde et Sylvain.
Changer les règles du jeu
Notre tout premier épisode de podcast, publié en octobre 2023, alertait déjà sur cette absolue nécessité de transformer le modèle sportif pour tendre vers plus de sobriété et de démocratie. On y entend, tour à tour, l'ultra-traileur Xavier Thévenard et la co-auteure du GIEC Yamina Saheb. Trois ans plus tard, leurs constats n'ont pas pris une ride. C’est toujours d’une brûlante actualité, et c’est à découvrir juste ci-dessous.
Pour un plan canicule dans le sport
Et si l’ensemble des piscines municipales étaient ouvertes gratuitement et sur des horaires élargis pendant les vagues de chaleur, afin de permettre à toutes et tous d’accéder à des îlots de fraîcheur ? Et si l’on garantissait un accès égal à l’apprentissage de la natation pour endiguer les pics de noyade qui accompagnent systématiquement ces épisodes de canicule ?
Ces deux propositions n’ont rien d’utopique. L’une est portée par Clémence Guetté, l’autre par Mathilde Panot. Une raison de plus, s'il en fallait une, de vous rappeler l'importance de bien voter en 2027. Et si ça ne suffit pas, il y a aussi notre interview avec la sénatrice Mathilde Ollivier.
Le point positif, c’est que certaines villes n’ont pas attendu pour prendre des mesures. À Marseille, piscines gratuites et plages ouvertes 24h/24. À Paris, autorisation de baignade dans la Canal Saint Martin de 16h à 20h. À Grenoble, le collectif Les gens qui ont chaud, se mobilise pour que la baignade soit autorisée dans l’Isère, et c’est en passe de devenir réalité. Et sinon, il y a la ville de Munich, avec une longueur d’avance sur le sujet. La preuve en images ici et ici.
En vrac
Dans le cadre du PNACC Sport, l’Agence 1.5 réalise une consultation publique sur l'éco-conditionnalité dans le financement du sport pour le ministère. L’objectif est de dresser un état des lieux des dispositifs existants et de concevoir des outils adaptés aux réalités de terrain. Pour y répondre, c’est par ici.
La semaine dernière, Clothilde était l’invitée du podcast Ligne de fond (Radio Arc en Ciel). L’épisode s’intitule « Le souffle du changement dans le sport avec Vent Debout ». À écouter ici.
Et sinon, c’est loin, mais comme iels ont besoin de soutien et que ça a l’air super, on vous parle de L’ensauvagée, le festival des littératures féministes et sauvages qui aura lieu du 2 au 4 octobre 2026 à Saint-Paul-sur-Ubaye. Pour les aider à financer le festival, c’est par là.
C’est tout pour ce mois de juillet
À bientôt et n'hésitez pas à partager cette infolettre à vos ami·es & à nous laisser des commentaires en répondant directement à cet e-mail, on lit tout !
