Derrière les images, les récits et les belles histoires se construisent souvent des imaginaires et des représentations qui imposent une certaine vision du sport moderne. Ces imaginaires sportifs ne sont toutefois pas immuables. Ce sont des constructions collectives qui s'adaptent à la société et occultent les récits alternatifs plus en marge. Alors, pour inverser la tendance et trouver des bifurcations, nous nous intéressons à ces mots, concepts, images et symboles qui définissent le sport business d’aujourd’hui pour en montrer les limites. C’est l’objet de notre série de publications intitulée Abécédaire pour un autre sport, dont le second chapitre est consacré à l’une des notions les plus controversées du sport moderne : le transhumanisme.
Qu’est-ce que le transhumanisme ?
Pour commencer ce chapitre aux allures de science-fiction, une définition s’impose. Qu’est-ce que le transhumanisme ? Et comment en est-il venu à conquérir l'imaginaire sportif ?
Le transhumanisme est une idéologie qui prône l'utilisation des sciences et des techniques pour améliorer radicalement la condition humaine, notamment en augmentant les capacités physiques et mentales, et en repoussant les limites de la vieillesse et de la mort.
Lorsque l’on cherche des ponts entre cette idéologie et le sport, deux choses nous viennent à l'esprit.
La première, c’est la question des prothèses dans le parasport, incarnée par le cas emblématique d'Oscar Pistorius, aussi surnommé sobrement « The Blade Runner », et plus récemment connu pour le féminicide de sa compagne, Reeva Steenkamp, en 2013.
Né sans tibia et amputé sous le genou à l'âge de 11 mois, il est le premier coureur amputé à avoir participé à un championnat du monde pour valides, puis à s'être qualifié pour les Jeux olympiques de 2012. Une participation longtemps interdite par les instances sportives, qui voyaient dans ses lames en carbone une hybridation technologique lui conférant un avantage concurrentiel sur les athlètes valides. D'un être initialement perçu comme « diminué », il serait devenu un homme « augmenté » grâce à la technique (Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Pluriel).
Le sport tenait ainsi son premier cyborg.
De quoi semer la panique dans le monde de l'olympisme, tout en ouvrant une brèche : celle d'un horizon où l'artificialisation des organismes humains pourrait peu à peu devenir désirable pour les personnes valides, et finir par imposer un basculement vers le post-humanisme.
Terminator Genisys, Arnold Schwarzenegger
La deuxième chose, c'est évidemment le slogan « Tous dopés », sur lequel on va s’arrêter plus longuement, ici. Contexte oblige !
Le dopage, c’est cette dérive qui transforme le sport en un espace où l'on cherche à améliorer ses performances « normales » par la prise de substances chimiques. Lance Armstrong et le Tour de France ayant, à ce titre, marqué les annales de notre génération. On en viendrait presque à les regretter, car nous assistons désormais au paroxysme moderne et décomplexé des Enhanced Games, ces fameux « Jeux des dopés » qui, loin des scénarios de science-fiction, rattrapent la réalité.
Pour en parler, nous avons interrogé Olivier Tesquet, essayiste et journaliste à la cellule enquête de Télérama, qui explore depuis plusieurs années l'architecture du pouvoir technologique contemporain. Avec Nastasia Hadjadji, il vient de publier Apocalypse Nerds. Comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir (Éditions Divergences). Un essai percutant qui révèle le versant obscur d'une révolution menée par une poignée de milliardaires.
Alors que ces derniers tirent tous (ou presque) les ficelles des Enhanced Games qui se déroulent en ce moment même aux États-Unis, un éclairage sur le sujet s’imposait pour réellement prendre la mesure de ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique. Le concept de transhumanisme n’ayant jamais été aussi proche et flippant du monde sportif qu’actuellement.
Olivier Tesquet © Teresa Suarez
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