Entretien avec la sénatrice Mathilde Ollivier.
Mathilde Ollivier est sénatrice écologiste, représentante des Français·es de l’étranger. Elle siège à la commission du Sénat chargée des questions d’éducation, de culture et de sport. Nous avons profité de l'un de ses passages à Munich en Allemagne, pour la rencontrer et échanger sur sa vision politique du sport.
Mathilde Ollivier
Il est fondamental pour moi de porter une vision populaire et émancipatrice du sport. Je suis convaincue que le monde sportif pourrait devenir un levier démocratique important permettant d'intégrer efficacement la société civile aux processus de décision locaux. Le sport comme l’art, étant des espaces associatifs où l'engagement des Français·es reste fort.
Au Sénat, nous débattons chaque année de programmes budgétaires qui se traduisent ensuite par des politiques sportives nationales et locales. Or, ces dernières années, le constat est clair : les budgets alloués au sport de haut niveau restent globalement stables, voire augmentent les années de Jeux olympiques. En revanche, les budgets consacrés au sport quotidien subissent une baisse constante, accentuée par le contexte budgétaire actuel. Et ce, alors même que le sport demeure un milieu profondément inégalitaire, où les pratiques sont fortement marquées par les catégories socioprofessionnelles.
Sans m'opposer au sport de haut niveau, je me bats donc pour inverser les priorités. Nous devons passer d'une politique axée sur les grands événements à une politique de proximité dans les territoires, qui soutienne davantage les clubs, les professeurs d'EPS dans les écoles et le tissu associatif, afin de tendre vers une véritable inclusivité.
Au-delà des grandes orientations nationales, la politique sportive s'articule principalement à l'échelle locale, départementale et régionale. C’est pourquoi je suis convaincue que les territoires sont en première ligne face aux défis que représentent la fragilisation des structures associatives, l'étiolement du bénévolat — lié notamment au recul de l'âge de départ à la retraite — et la privatisation croissante des infrastructures sportives. Si le secteur privé gagne du terrain, c’est précisément parce que nous manquons de véritables structures municipales au cœur des communes.
Nous nous battons par exemple depuis des années pour la rénovation des salles multisports ou des piscines. Un plan de 5 000 équipements sportifs avait été lancé à l'occasion des Jeux de 2024, avec d'importants budgets annoncés partout en France. Or, la réalité est tout autre : les enveloppes effectivement allouées ont été divisées par deux par rapport aux promesses initiales.
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