Dévalider le sport
« Comme quoi, le plan B est parfois bien meilleur que le plan A ! » nous lance avec humour Charline Dreux, responsable de la section handisub du club Subaquatique de Lorient, lorsqu’elle nous rejoint sur la plage bretonne où nous nous trouvons.
En raison de la canicule qui sévit en France en ce mois d’août 2026, y compris en Bretagne, la piscine de Lorient où nous devions initialement tourner notre épisode a annulé tous ses cours du soir. La priorité, et c'est bien normal, est de permettre au plus grand nombre d'avoir accès à cet îlot de fraîcheur.
Qu’à cela ne tienne ! Changement de programme à la dernière minute. Notre invitée du jour, Kattel Ropert, et son coach Alain, improvisent une alternative. Direction la plage du Courégant pour un cours d’apnée statique en mer, à marée basse. Une première pour notre athlète, qui est pourtant une habituée des plages locales, puisqu’elle a été vice championne du monde de parasurf avant de se convertir à l’apnée.
Kattel Ropert. © Lucie Francini
« Ici, c’est la plage de mon enfance. C’est là que j’ai appris à nager, et c’est aussi là que mes enfants ont appris à nager. » Kattel Ropert
Kattel est une femme de mouvement. Maman de cinq enfants, hyperactive et téméraire, elle a fait du sport toute sa vie. Seulement voilà, il y a 8 ans, un accident lui a écrasé la moelle épinière et provoqué une tétraplégie. Cela aurait pu tout renverser, mais loin de vouloir rester à « regarder le plafond », cette dernière s’est peu à peu reconstruite, avec l’aide du surf et la volonté de retrouver le mouvement qui caractérisait tant sa vie d’avant.
Kattel Ropert. © Lucie Francini
« J’étais avide de ressentir des choses dans mon corps. La première fois que j’ai fait du surf j’ai kiffé pouvoir quitter mon fauteuil et prendre le contrôle d’un autre support. D’arriver à aller là où je voulais, et de retrouver cet élément, l’eau, auquel je tiens tant. »Kattel Ropert
Kattel a beau avoir été championne de parasurf, son regard sur le parasport n’en reste pas moins lucide et critique. Elle déplore notamment un secteur qui manque encore d'une réelle volonté d'inclusion, où les décisions sont trop souvent prises sans consulter les personnes concernées, et où la question du handicap sert parfois de simple caution pour capter des subventions.
Vous l’aurez compris, dans cet épisode de Vent Debout, nous plongeons au cœur des réalités du parasport. Plus de deux ans après l’euphorie des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, ces derniers, ont-ils tenu leurs promesses et changé la donne pour les personnes en situation de handicap ? Quelles luttes reste-il à mener ?
Pour aborder ce sujet, et dépasser légèrement le cadre strict du sport, nous avons également interrogé Lydie Raër, membre de la coordination du collectif féministe antivalidiste Les Dévalideuses. Elle nous explique notamment, comment le handicap est souvent la dernière roue du carrosse des luttes féministes en France. Et aussi, ce que cela représente pour les personnes concernées de vivre dans une société profondément validiste
Lydie Raër. © Teresa Suarez
« Dans les médias, il y a d'un côté le Téléthon, qui alimente un imaginaire misérabiliste du handicap, et de l'autre les sportifs paralympiques, qui sont représentés comme des super-héros dépassant leur handicap grâce au sport. Nous demandons simplement à avoir une place entre les deux, sans avoir à être ni l’un ni l’autre. » Lydie Raër
La nuit tombe doucement sur le bord de plage où nous célébrons la fin de la saison sportive, autour d’un apéritif convivial et de quelques crêpes bretonnes. Il est temps de ranger nos affaires et de faire sécher les combi.
Bonne écoute à toutes et tous
Cet épisode a été produit grâce au soutien de la fondation Salomon. Merci à eux.
© Lucie Francini
Sources et références
Si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet et découvrir l’ensemble des sources et références qui ont alimenté cet épisode, rendez-vous sur notre site internet.
Nous tenions toutefois à :
Dédier cet épisode à Charlotte Puiseux, qui nous a quittés au mois d'août dernier. Son livre De chair et de fer (la Découverte), a profondément nourri et influencé la réalisation de cet épisode.
Valoriser le travail de la journaliste Mélina Boétie, qui a déjà couvert avec brio le sujet du handicap dans le sport, notamment avec son film Valables.
Remercier tout particulièrement la photographe Lucie Francini, pour son précieux travail à nos côtés sur ce tournage.
Enfin, faire une mention toute spéciale à Kattel Ropert, qui, depuis l'enregistrement, a validé son billet pour les championnats du monde d’apnée 2026 ! Bravo à elle.
© Lucie Francini
