Votre infolettre du mois de janvier avec au programme : l'extrême droite aux commandes du sport mondial, un épisode sur l'eau, une soirée de soutien et des pompes commandos.
Cher·es lecteur·ices,
Il n’est jamais trop tard pour vous souhaiter la bonne année. Alors, on vous la souhaite sportive, joyeuse, créative et collective.
Cela dit, soyons lucides : notre instinct nous murmure que 2026 s'annonce être une année riche en événements … (j’ai pas les mots) dans le monde du sport spectacle.
En effet, en mai 2024, on se demandait encore à quoi pourraient ressembler les Jeux de Paris sous un gouvernement d'extrême droite si le Rassemblement national remportait les élections législatives. Désormais s’en est fini de la prospective et de la politique-fiction. En 2026, place au réel. Et autant vous prévenir, le programme est chargé. Tour d'horizon.
Du 6 au 22 février, les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de Milan-Cortina ouvriront le bal, sous le regard attendri du gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni (youpi). Un premier amuse-bouche assez amer, quand on sait que, comme chaque année, plus d’un millier de fascistes se sont donné rendez-vous dans les rues de Rome le 7 janvier dernier. Le député NFP/LFI Raphaël Arnault était sur place, et il est clair que l’heure n’était pas à la fête. L’Italie préfère manifestement intensifier la répression contre les mobilisations écologistes plutôt que d'incarner, ne serait-ce que vaguement, les valeurs olympiques, qui, pour rappel, sont les suivantes : l’excellence, l’amitié et le respect.
Cap ensuite sur Las Vegas, du 21 au 24 mai, pour les Enhanced Games. Vous savez, cette compétition multisports imaginée par l’entrepreneur libertarien australien Aron D’Souza, où l’on encourage les athlètes à se charger en testostérone et en stéroïdes, au nom du progrès et de la performance « décomplexée ». Parmi les investisseurs, grosse surprise puisqu’on retrouve la fine fleur du techno-fascisme américain : Peter Thiel, milliardaire et soutien de la première heure de Donald Trump, cofondateur de PayPal et de Palantir, Donald Trump Jr., ou encore Balaji Srinivasan, pionnier américain des cryptomonnaies.
Et parce que le progrès ne connaît décidément aucune limite, un document transmis à la presse en mai 2025 répond très sérieusement à la question : « Que se passe-t-il si un athlète meurt pendant la compétition ou à l'entraînement ? » Réponse : « Le progrès humain comporte des risques, et le sport de haut niveau ne fait pas exception. » Allez, frissons garantis.
Enfin, impossible de ne pas évoquer la Coupe du monde de football, organisée par une FIFA manifestement au sommet de son art, dans trois pays hôtes : les États-Unis, le Canada et le Mexique, du 11 juin au 19 juillet. Au-delà du délire écologique, on se réjouit déjà de voir cet événement planétaire organisé dans un pays où la police de l’immigration (ICE) tire désormais à bout portant sur ses concitoyen·nes sans représailles, pendant que le président piétine allègrement le droit international pour satisfaire ses appétits impérialistes à l’égard de ses voisins.
Croire que tout cela restera sans conséquence pour le sport et qu’il y aurait matière à se réjouir relève d’un doux rêve. Non seulement Donald Trump menace déjà de retirer des matchs aux villes gérées par la gauche, mais il peut également compter sur le soutien de Gianni Infantino, qui lui a déjà bien ciré les bottes en lui remettant le « prix de la paix » de la FIFA en décembre dernier.
Et ce n’est pas tout. Depuis quelques jours, l’administration américaine bloque désormais les procédures de visas d’au moins 13 pays qualifiés, parmi lesquels les deux finalistes de la CAN, le Maroc et le Sénégal, mais aussi l’Algérie, le Brésil, le Cap-Vert, la Colombie, la Côte d’Ivoire, etc. Sans oublier les sanctions individuelles qui pleuvent sur les personnalités européennes jugées trop encombrantes, comme l’ancien commissaire européen Thierry Breton, désormais persona non grata. Bref, de quoi réfléchir à deux fois avant de réserver vos billets.
Face à tout ça, une chose est sûre : hors de question de se résigner et de se laisser sombrer dans le désespoir. Le sport est plus politique que jamais. Alors plaçons 2026 sous le signe de la mobilisation, des liens, de l’amour, de la joie et de l’anti-fascisme.
Merci de nous lire et de nous écouter,
Clothilde et Sylvain
Tu vois là-bas, c'est une centrale hydroéléctrique !
L’eau a longtemps été une certitude. Une évidence qui coule de source. En France, nous la croyons inépuisable, disponible et docile. Un droit acquis qui ne se tarirait jamais. Puis est arrivé Sainte-Soline, en mars 2023. La violence des affrontements a agi comme une onde de choc. Soudain, l’expression « guerre de l’eau » a cessé d’être une métaphore. Sécheresses, canicules, pollutions : année après année, la pression monte. Que devient le sport quand cette ressource s’évapore ? Comment continuer à glisser, à ramer, à nager, quand chaque goutte d’eau devient un enjeu ? Quels conflits d’usage se préparent entre l’agriculture, l’énergie et nos pratiques de plein air ? Et surtout, comment le monde du sport peut-il réduire sa vulnérabilité sans assécher davantage le monde qui l’entoure ?
Dans À contre courant, suivez-nous à la rencontre de la kayakiste Marlène Devillez
et de l’hydrologue Emma Haziza.
Un épisode produit grâce au soutien du ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative
Jeudi 13 janvier, l’Assemblée nationale a adopté la fameuse loi olympique qui permet des dérogations temporaires au droit commun en matière d’urbanisme (recours à des procédures d’expropriation simplifiées), de commande publique, de sécurité (utilisation de la vidéosurveillance algorithmique), de logement, de travail et d’environnement…
Un vote qui tombe à pique, alors que Reporterre vient de révéler combien coûteront les infrastructures des JO dans chaque régions. 297 millions d’euros pour le village olympique de Briançon. 149 millions d’euros pour le complexe olympique de Nice. 78 millions d’euros pour le village olympique de Bozel... C’est ce qu’on appel avoir le sens des priorités !
Le 29 janvier 2026, soit sept mois jour pour jour après l'arrestation en Algérie du journaliste Christophe Gleizes (So Foot et Society), Reporters sans frontières organise Free Gleizes, une soirée de soutien au Bataclan (Paris) pour maintenir la pression et exiger sa libération immédiate. Pour prendre votre place, c’est ici !
On aime le nouveau format de décryptage du sport du quotidien lancé par Guillaume Dietsch sur Instagram. Dans sa première analyse, « Le sport devient-il un luxe en France ? », il met en lumière plusieurs tendances de fond : saturation des créneaux d’installations, manque d’encadrants formés, baisse de la pratique en club au profit des structures privées et marchandes. Autant de signaux qui rappellent que l’accès au sport pour toutes et tous reste un enjeu majeur. Et quand Vogue China s’approprie les codes de l’escalade pour l’une de ses campagnes, difficile de ne pas y voir un symbole supplémentaire de cette « luxification » à tout va de certaines pratiques sportives.
Côté podcasts, on a aimé l’épisode « Faut-il faire de la muscu ? » du célèbre podcast Encore Heureux de Camille Teste, avec pour invité·es : Martin Page, dont on vous recommande l’essai Douceur de la musculation (éd. Nouvel Attila, 2025), et Camille Juza, autrice de l’inégalable série documentaire Toutes musclées. Un épisode qui nous a rappelé le beau carrousel réalisé par les médias Urbania et Usbek & Rica : Ça y est, la gauche se met (aussi) à soulever de la fonte ! Ce qui fait du bien après l’alliance qu’on aurait préféré ne jamais voir entre Macron, Tibo inShape et des militaires pour faire des « pompes commandos » à la veille de noël…
Côté événement, on a découvert récemment l’Ultra Back To Life (UBTL), dont la dernière édition s’est tenue du 28 au 30 novembre dernier à Saint-Siméon-de-Bressieux, dans l’Isère. Au programme de cette compétition de trail originale qui, d’après les mots de son fondateur Clément Chapel ne « cherche plus à piétiner la biodiversité mais à la régénérer » : plantation d’arbres et d’arbustes, création de mares et d’habitats naturels, actions de dépollution, construction d’un jardin-forêt et temps de sensibilisation auprès des enfants. De quoi donner du grain à moudre aux personnes réfractaires à changer les règles du jeu !
Enfin, si vous souhaitez entendre Clothilde vous parler de « sport populaire et de luttes écologistes » avec Joaquim Loriot et Emmanuelle Bonnet Ouladj, le podcast de la FSGT « Paroles en Jeu ! » est désormais disponible (en deux parties).
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C’est tout pour ce mois de janvier
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