De la COP 30 aux flottilles pour la liberté : itinéraire d’une navigatrice déterminée

Rencontre avec Capucine Treffot, navigatrice et capitaine lors de la traversée « Women Wave », jusqu'à la COP30 à Belém.

Vent Debout
8 min ⋅ 08/02/2026

Navigatrice professionnelle, Capucine Treffot vient d’achever une traversée de l’Atlantique afin d'amener les six activistes climat du projet « Women Wave » jusqu’à la COP 30, à Belém, au Brésil. De retour en France, et avant qu'elle ne reprenne la mer en direction de Gaza avec les Flottilles pour la liberté, nous avons souhaité en savoir plus sur cette navigatrice passionnée et mobilisée pour faire de l'océan un espace de solidarité.

Crédit : Camille EtienneCrédit : Camille Etienne

On s'est connus dans une vie antérieure. À l'époque, tu étais designeuse. Aujourd'hui, tu es navigatrice professionnelle. Comment s’est opéré ce virage ?

En troisième année d’école de design, j’ai effectué un stage de six mois à Concarneau, au sein du Low Tech Lab, une association dédiée à la recherche et à la diffusion des low-tech. Dans ce cadre, j’ai eu l’opportunité d’embarquer pendant un mois à bord de leur bateau, le Nomade des Mers, à Madagascar, pour documenter des solutions low-tech existantes. J’y ai découvert la vie en mer, portée par un fort désir d’exploration et, sans doute aussi, par une certaine naïveté quant à l’impact réel que ce type d’initiatives peut avoir sur les populations locales. Cette expérience a toutefois été fondatrice : elle a marqué le début de mon apprentissage.

À mon retour, j’ai suivi un premier stage de voile aux Glénan, à l'issue duquel on m’a proposé de devenir bénévole, en échange d’une formation pour devenir monitrice. J’ai accepté et j’ai quitté le poste que j’occupais alors. Je n’envisageais pas encore d'en faire une carrière professionnelle, mais peu à peu, la mer et le vent ont pris une place centrale dans ma vie. Je me suis passionnée pour cet univers, et le reste est passé au second plan.

Aujourd’hui, même si je ne me définis plus comme designeuse, je mobilise encore quotidiennement de nombreux réflexes issus de ce milieu : une façon de me positionner face à un sujet, de concevoir des solutions et de prendre en compte les différentes personnes impliquées. Je me retrouve aussi, une fois encore dans un univers technique où la question de la place des femmes n’est pas réglée. C'était déjà un sujet central dans le design, notamment dans la fabrication ; il l'est tout autant dans le monde de la voile.

« J’ai eu le sentiment que mes compétences de navigatrice servaient enfin à quelque chose »

En tant que navigatrice professionnelle, tu as commencé par le secteur touristique, dont tu t'éloignes aujourd'hui. Pourquoi ?

Lorsque je me suis professionnalisée, j’ai souhaité découvrir les différentes possibilités offertes par ce métier. Le tourisme en fait partie, mais j'ai vite déchanté. L'année dernière, j'ai par exemple, pris l'avion pour emmener des gens en croisière pendant une semaine sur un catamaran en Croatie. Sauf que ce type de bateau navigue très mal, ce qui impose de recourir régulièrement au moteur. Les gens que j'emmenais avaient beau être sympas, ils faisaient la fête tous les soirs, sans interruption. Quant aux ports croates, ils étaient dévastés par le tourisme. À un moment, je me suis vraiment dit : « Mais qu'est-ce que tu fous là ? Ce monde, que tu critiques, tu y participes. » Ce fut un point de non-retour, d'autant plus fort que je ne veux surtout pas perdre mon amour pour la navigation. Il y a déjà beaucoup trop de marins blasés.

Tu viens de clôturer le projet Women Wave pour lequel tu étais capitaine. Définis-tu également cette traversée jusqu’à la COP 30 comme un objet touristique ?

Non, là c’était d’un autre ressort. D’abord parce que le projet s’est construit sur le temps long, pendant plus d’un an, avec une phase de préparation particulièrement chaotique. Quatre jours avant le départ, nous avons perdu notre bateau, qui n’était pas aux normes pour effectuer la traversée. Il a fallu en trouver un autre en urgence, réorganiser toute la logistique, faire acheminer les vivres aux bons endroits… C’était un immense bazar. Heureusement, la plupart des filles ont une capacité à travailler dans l’urgence impressionnante.

Ensuite, une fois en mer, il ne s’agissait en rien de passagères « classiques ». Elles n'étaient pas là pour faire du tourisme ou du loisir sportif. Pour elles, la mer est un moyen : un déplacement nécessaire pour pouvoir se rendre aux COP et ne pas laisser ces espaces uniquement aux lobbyistes. Et ce, alors qu'elles sont très lucides sur l'impact relativement nul de ces conférences internationales sur le climat, et qu’elles doivent ensuite composer avec les critiques qu'elles reçoivent lorsqu'elles rentrent en avion. Les petits gestes individuels étant toujours au cœur de l’attention…

Ce qui est certain, c’est qu’avec ce projet, j’ai eu le sentiment que mes compétences de navigatrice servaient enfin à quelque chose.

« J'ai vu ces filles complètement badass qui s'éclataient dans la tempête et désacralisaient totalement la situation »

Gardes-tu en tête un moment fort de cette traversée ?

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Vent Debout

Par Clothilde Sauvages

Vent Debout, c’est Clothilde Sauvages et Sylvain Paley. Nous sommes deux sportifs ayant pratiqué la compétition sur les circuits nationaux et internationaux. Tumbling, wakeboard et ski alpin. Mais dans le civil, nous avons d’autres casquettes : Clothilde est entrepreneuse indépendante, journaliste et alumni du collectif Ouishare. Elle passe une grande partie de son temps à monter des projets de société. Sylvain est réalisateur de production audiovisuelle et co-fondateur de Société Nouvelle, un collectif d’indépendants au service de l’intérêt général. Ensemble, nous nous sommes réveillés un matin en se disant qu’il serait intéressant que l’on tente de réunir ces deux facettes de nos vies.

Car dans le « tout est politique » que nous fréquentons au quotidien, le sport fait toujours exception. Pas assez sérieux ou pas assez intello ? On invite rarement les athlètes pour leur demander leur avis sur la réforme des retraites, les violences policières ou le dérèglement climatique.
Et pourtant ils et elles ont des choses à dire. C’est pour les entendre qu’est né Vent Debout.

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